19 juillet 1764 : Clairaut (Paris) écrit à Boscovich :
Paris, rue Ste Avoye vis à vis la rue de Braque 19 juillet 1764 Mon révérend Père, Quoique mes torts avec vous soient très grands et que je doive commencer par vous en demander pardon, je ne suis cependant aussi criminel que je puis le paraître. Mon silence n'est pas dû seulement à une nonchalance (si ridicule auprès de votre vivacité), j'ai été retardé par une indisposition assez désagréable, et par une besogne presque aussi fâcheuse, celle de déménager et de m'arranger dans un nouveau logement. Mon indisposition, qui consistait dans de fréquents éblouissements, m'empêchaient de lire ou de tenir la plume plus d'un quart d'heure de suite, ce qui me laissait si peu de temps pour les affaires courantes, que je suis trouvé très arriéré sur une infinité de choses et surtout dans mes correspondances. Quoiqu'il en soit, j'ai parcouru toutes vos recherches que j'ai toutes reçues en leur temps, avec toute la satisfaction possible. Je n'en ai cependant pas encore fait l'usage que vous indiquiez, mais je ne tarderais pas à me conformer à vos intentions. Quant à votre mémoire destiné au volume de l'institut de Bologne [(Boscovich 67) ?], il me semble bien plus propre à avancer l'optique que le 3e vol. des Opuscules de d'Alembert [(Alembert 61-80, vol. 3, cf. 11 juillet 1764] qui abonde en recherches analytiques, en formules bien longues, en considérations savantes, mais qui ne décèlent point du tout le génie propre à la physique ; cet ouvrage ne me parait pas être plus utile pour l'optique que la théorie de [la] Lune du même auteur ne l'a encore été aux astronomes. Ce que je trouve de bien singulier dans ce célèbre géomètre, c'est d'être toujours acharné à prendre les mêmes sujets que je traite, et toujours après moi, en s'occupant de me critiquer, de me généraliser etc. Toutes ces considérations me paraissent tomber sur des points non essentiels à la chose, et former que de petites cavillations. Je serais bien charmé de pouvoir vous envoyer du cristal d'Angleterre. Mais il devient très rare ici, et j'ai donné le peu que j'avais aux opticiens qui en étaient le plus digne par leur habileté dans la pratique, [déchirure] de strass, du moins celui que j'avais employé [...] le pareil à Vienne. J'ai éprouvé beaucoup d'autres matières [...] de porcelaine et de faïence, qui ont bien la propriété d'une grande [...]. Mais aucune n'est pure. Ce que j'ai vu de meilleur en ce genre ([...] petits morceaux de strass exceptés) ce sont 5 ou 6 morceaux [...] de Venise [...] (brouillé maintenant avec les P. Hell et Liesganig) m'a envoyé [...] peu ce me semble de la vertu du strass et me paraissant assez, [...] entendent mieux l'art des fourneaux que nous. Il est [malheureux] que le verre mêlé de plomb soit si difficile à avoir beau, car nous pourrions employer beaucoup d'artistes aux nouvelles lunettes, et en se résolvant à manquer son coup souvent, on pourrait quelques fois avoir d'excellentes lunettes faites par des ouvriers médiocres. Car il n'y en a guère qui ne fassent de temps en temps d'excellentes lunettes simples ; en leur faisant donc répéter souvent celles de verre et de flint glass, ils atteindraient quelquefois les vraies dimensions qu'on leur prescrirait et rendraient plus communes les lunettes en question qui sont encore extrêmement rares. Adieu, mon très révérend et très respectable ami. Tous nos amis communs M. de Montigny [Trudaine de Montigny], Mme du Boccage etc. vous disent mille choses. Cl. [Adresse] Italie. Au révérend révérend père Boscovich à la maison des p[ères] jésuites à Milan (Taton 96).
Références
Alembert (Jean Le Rond, dit d'), Opuscules mathématiques, 8 vol., Paris, 1761-1780 [6 juin 1736 (2)] [4 mars 1739] [Plus].
Boscovich (Roger Joseph), « De recentibus compertis pertinentibus ad perficiendam Dioptricam », De Bononiensi scientiarum et artium Instituto atque Academia commentarii, 5:1 (1767) 169-235.
Taton (René), « Les relations entre R. J. Boscovich et Alexis-Claude Clairaut (1759-1764) », Revue d'histoire des sciences, 49 (1996) 415-458 [Télécharger] [17 décembre 1759] [14 janvier 1760] [Plus].
Courcelle (Olivier), « 19 juillet 1764 : Clairaut (Paris) écrit à Boscovich », Chronologie de la vie de Clairaut (1713-1765) [En ligne], http://www.clairaut.com/n19juillet1764.html [Notice publiée le 18 janvier 2009].