Alexis Clairaut (1713-1765)

Chronologie de la vie de Clairaut (1713-1765)


3 décembre 1746 (1) : Clairaut rapporteur :
M[onsieu]r Clairaut et Hellot ont fait le rapport suivant du s[ieu]r Michalet.

Nous avons éxaminé par ordre de l'Académie [cf. 26 novembre 1746 (1)] un ecrit intitulé, Mémoire sur le feu ; dans lequel l'auteur se flate d'avoir expliqué la cohérence des corps, la refléxion et la réfraction de la lumière, l'applatissement de la Terre, l'inclinaison de l'ecliptique, le mouvement de la Terre autour d'elle même, et autour du Soleil, l'impulsion réciproque des corps les uns vers les autres en raison renversée du quarré des distances, etc. Il prétend même qu'on trouveroit facilement par ses principes l'explication du flux et du reflux de la mer, l'attraction du fer avec l'aiman : et que pour l'electricité vitrée et raisineuse, on la tireroit si facilement de ce qu'il établit, qu'il ne doit pas s'y arrêter. Cet ecrit qui promet tant de choses dans un si petit espace, et qui est presque tout rempli des titres de Proposition, corollaires, scholie, et de la phrase finale des géometres, ce qu'il falloit délontrer, ne nous a paru tirer des cours des mathématiques que la forme et l'air d'affirmation. Si l'auteur y donne quelques démonstrations, ce n'est qu'à l'égard des verités qui sont pour ainsi dire triviales parmi les géometres ; ce qu'il y a de plus physique, et ce qui devroit faire la base de son mémoire, est où d'une brieveté inintelligible, ou connu de tout le monde. Son explication de la réfléxion et de la réfraction de la lumiere, par éxemple, n'est autre chose que celle de Descartes, mais traité d'une maniere à n'être entenduë que par ceux qui la scavent d'ailleurs. Il en est de même de l'explication de la rotation des planetes ; ce qu'il dit revient aux principes de M[onsieu]r de Mairan, quoiqu'il n'en fasse pas mention.

Quant à l'applatissement de la Terre, ce qu'il en dit est neuf. Il se fonde sur ce qu'un globe dont les parties voisines de l'equateur seroient d'une densité differente de celle des Pôles, et qui seroit pressé également de tous les côtés, se dilateroit inégalement au Pôle et à l'equateur ; mais on voit bien qu'il auroit mieux valu s'en tenir aux idées connuës, que d'en présenter de nouvelles de cette sorte.

A l'égard de l'attraction réciproque des corps en raison renversée du quarré des distances, afin de la rapporter à l'action du feu, il commence par établir que les corps remplis de matiere ignée, se repousseroient naturellement suivant la loi du quarré des distances. Ensuite il suppose que tous ces corps sont environnées d'un milieu qui les presse également de tous les côtés, et change l'impulsion en attraction.

A peine l'auteur a t il fait soupçonner cette insuffisante explication qu'il passe à son ordinaire à des propositions et corollaires con[n]us de tous les mathématiciens, et inutiles à son sujet, tels que l'égalité des aires en temps égaux, la proposition réciproque entre les vitesses et les perpendiculaires. Il en est à peu près de même des autres sujets traités dans ce mémoire, dont nous terminons le rapport en disant que nous n'y avons rien trouvé qui remplit le but que l'auteur s'y est proposé (PV 1746, pp. 314-315).

Gallica

Abréviation
  • PV : Procès-Verbaux, Archives de l'Académie des sciences, Paris.
Courcelle (Olivier), « 3 décembre 1746 (1) : Clairaut rapporteur », Chronologie de la vie de Clairaut (1713-1765) [En ligne], http://www.clairaut.com/n3decembre1746po1pf.html [Notice publiée le 5 mai 2010].