Alexis Clairaut (1713-1765)

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Chronologie de la vie de Clairaut (1713-1765)


Sans date (1) : Famille Clairaut :
Clairaut [...] naquit [...] de Jean-Baptiste Clairaut, maître de mathématiques à Paris, membre de l'Académie royale des sciences de Berlin, et de Catherine Petit, tous deux d'honnête famille. Il était le second de vingt et un enfants. Le premier étant mort en nourrice, sa mère en conçu un si vif chagrin qu'elle se détermina à nourrir les autres elle-même, ce qu'elle ne put cependant exécuter qu'à l'égard de celui dont nous faisons l'éloge, et d'un de ses frères qui le suivit immédiatement et qui aurait certainement marché sur les traces de son aîné, si une mort prématurée ne l'eût enlevée à l'âge de seize ans, ayant publié un an auparavant une traité des quadratures circulaires et hyperboliques [(Clairaut 31)], qui avait mérité les éloges de l'Académie et de tout le monde mathématicien (Fouchy 65).
Les époux Clairaut. Un témoignage de 1737 sur les parents de Clairaut se trouve dans une lettre de Piron. Clairaut est en Suède pour déterminer expérimentalement la figure de la Terre :

Il n'y a que M. et Madame Clairaut qui se soucient, on ne peut moins, que la terre soit ovale, ou ronde. Ils ne se sentent aucune entraille pour cette grand-mère. Tout ce qu'ils en ont ne se remue, que pour leur cher fils, qui est allé au bout du monde, pour le plaisir du Roi : et à quel bout du monde ? Encore si c'était à celui, où est allé M. de la Condamine ? Il y fait bon et chaud : mais au cercle polaire, où l'on grelotte, même en y pensant. Aussi leurs deux cœurs sont, à proprement parler, deux vraies aiguilles aimantées, continuellement dirigées de votre côté. Je crois bien que le tracas domestique, joint au tourbillon des petites lubies maternelles, font quelquefois Nord-Ester, ou Nord-Ouester Madame Clairaut : mais pour M. votre père, son aiguille ne décline pas d'un point. [...] Ce n'est pas que l'on est tout tenté, pour lui faire diversion. Hier encore, jour du mardi-gras, votre bonne mère fit de lui sa poupée de toilette : elle l'habilla en belle dame. Elle l'emprisonna, de la ceinture en bas, dans un vaste panier, qui faisait de ses deux pieds, le centre d'un grand cercle : elle lui mit sa plus belle robe sur ses épaules, et couronna de dentelles, et de rubans, une tête hérissée comme la vôtre, des principes d'Euclide et d'Archimède. Somme totale, elle fit de la figure entière du savant géomètre, une espèce de cône ambulant, qui monta chez moi. Certaine teinte de mélancolie, qui tenait bon contre un si burlesque appareil, achevait de peindre le philosophe, un peu suranné, en une prude parfaite : et moins sa personne se prêtait à cette mascarade forcée, plus le masque se complétait. Après que j'en eu ris ce qu'il fallait, cette perfection me donna la confiance, et l'envie d'en faire part au public. Je le menai, en beau et plein midi, à visage découvert, aux Tuileries, pour y prendre ensemble du café, sur la terrasse, au conspect public. Nous y en primes, et nous revînmes chez nous, sans que sa barbe de trois jours, ni sa mauvaise contenance, assez gauche, nous eussent attiré le moindre cri des polissons, ni l'attention des passants ; encore que, nous en rencontrâmes plus d'un, qui m'arrêta, et qui le connaissait. S'il joua bien son rôle, surtout aux Tuileries, ce ne fut pas sans avoir bien des distractions, capables de tout gâter ; si je n'eusse eu le soin continuel de lui dire à l'oreille : Memento homo quia mulier es. Car buvant son café, en plein air, assis à un guéridon, il s'avisa de rêver, et de calculer, à part lui, de pas en pas, l'espace qu'il y a de Tornéo, où vous êtes, chez la La Croix où nous étions. Pendant l'opération, pour me donner le change, il poussa le jeu de l'éventai(l, qu'il tenait, jusqu'à déchirer tout le papier ; casser tous les petits bâtons, et ne laisser entiers, que les deux montants, arrêtés, en bas, par les deux boutons : de sorte que, de fracture, en fracture, à la fin, l'éventail avait pris dans sa main, la forme d'un compas. [...] Madame Clairaut, dont les nippes n'avaient que faire aux spéculations de la géométrie, m'a fort grondé de l'avoir laissé faire, comme si les poètes n'avaient pas aussi leurs distractions : voyez à quelles absences expose la vôtre (cf. [6 mars 1737]).

La mère Clairaut. Catherine Petit enfante dix fois en huit ans (cf. 22 janvier 1724), soit tous les 9. 6 mois. À ce rythme, elle cesserait d'accoucher vers 1732. Elle se montre généreuse avec les Lapones (cf. 20 décembre [1738]), connaît Jacquier (cf. 13 octobre 1744, 10 janvier 1745), marie sa fille (cf. 19 février 1748 (2), 20 février 1748 (1)) et meurt entre le 13 et le 20 janvier 1759 (cf. [c. 17 janvier 1759]). Elle aurait un frère soldat (cf. 2 février 1761).

Clairaut le père. Jean-Baptiste Clairaut enseigne entre 1730 et 1747 à l'Académie du Roi, dite aussi Académie Dugard, l'une des

trois académies qui sont établies par le Roi, sous les ordres de M. le prince Charles, grand écuyer de France, pour l'éducation des gentilshommes. On y apprend à monter à cheval, et tous les exercices convenables à la noblesse et aux gens de guerre.
Outre MM. les écuyers, il y a des maîtres de mathématiques, d'armes et de danses.
Ces académies sont celles qui suivent : [...]
L'Académie du Roi, sous la conduite de M. Dugard, écuyer du Roi, qui a sous lui :
Pour les mathématiques, M. Clairaut rue des boucheries, faub. S. Germ. [...]
Cette Académie est rue de l’Université, Faub. S. Germ (Almanach royal, 1731, p. 312-313...).

À l’Académie de Dugard, par exemple, on logeait et nourrissait moyennant 2 600 livres, le jeune élève, son gouverneur et un domestique. À ces frais s’ajoutaient le droit d’écurie, la location des gaules (« petite houssine ou verge qui sert à manier un cheval » selon Trévoux), la rémunération des maîtres d’armes, de danse, de voltige à cheval et de mathématiques, et le paiement du tapissier pour la fourniture de meubles et de linge. Les pensionnaires qui n’avaient pas de domestiques payaient, 6 livres par mois, un valet qui faisait leur chambre et les servait à table (Folly (Alfred), « Les académies d’armes (XVI-XVIIe siècles) », Bulletin de la Soc. Hist du VIe arr. de Paris, 1899, pp. 163-171) (Chesterfield 93, p. 307).

Clairaut le père habite [voir le plan] rue de Seine le 22 janvier 1724, déménage vers 1724 (cf. [c. 1724]), rue des boucheries chez Boulduc, faubourg Saint-Germain entre 1728 et 1732 (cf. 16 septembre 1728, Almanach royal, 1731-1733), rue de l’Université (l'adresse de son Académie), au coin de la rue des Saint-Pères entre 1733 et 1746 (Almanach royal, 1734-1747), rue de Berry (comme Clairaut) en 1747 (Almanach royal, 1748), de nouveau rue de Seine le 19 février 1748 (2), rue Sainte-Avoye (où vient de mourir Clairaut) le 20 juillet 1765, rue de Tournon vis-à-vis l'hôtel de Nivernois les 31 décembre 1765, 6 et 31 juillet 1767, 6 août 1767, 7 août 1767 (cf. 7 août 1767 (1)), 25 août 1767 et 30 août 1767 (cf. 30 août 1767 (1)).

Clairaut le père prend son poste l'année au cours de laquelle Jean-Léon Dugard devient directeur (30 août 1730) en remplacement de son père décédé. Le déménagement de Clairaut le père à l'adresse de son fils et son départ de l'Académie suit de près la mort de ce directeur (12 août 1746) qui est alors remplacé par son frère cadet (AN, O1 915, 14).

Outre ses enfants, Clairaut le père eut pour élèves d'Arcy, Le Roy et Bailly :

Le jeune d'Arcy fut envoyé à Paris en 1739, auprès d'un de ses oncles; le hasard le plaça dans la maison où logeait M. Clairaut le père; il devint bientôt son élève, et mérita d'être le disciple ou plutôt le compagnon d'étude de M. Clairaut le fils [...]. M. d'Arcy fit des progrès rapides ; après trois ans d'étude, âgé seulement de dix-sept ans, il donna une nouvelle solution du problème de la courbe d'égale pression dans un milieu résistant [...] car M. le chevalier d'Arcy fit des expériences de concert avec M. le Roi, de cette Académie, élève comme lui de M. Clairaut. (« Éloge de M. le comte d'Arcy », HARS 1779 (1782), Hist. pp. 54-70).

Après avoir épuisé les connaissances de Montcarville, Bailly eut pour maître le père du célèbre Clairaut (Bailly 21-22, vol. 3, pp. 10-11)

Clairaut le père mène une activité scientifique même si, au dire son fils :

La profession qu'il fait de montrer les mathématiques le détourne trop pour s'exercer à résoudre des problèmes d'une certaine difficulté (cf. 4 janvier 1742).

Clairaut le père précède de peu son fils à l'Académie des sciences par une prise de contact avec de Mairan sur un problème de géométrie élémentaire (cf. 22 décembre 1725) et par la présentation d'un mémoire sur le même sujet ultérieurement publié par l'Académie de Berlin (cf. 13 février 1726). Il est l'inventeur d'un instrument trigonométrique dont la description est publiée par l'Académie de Paris (Clairaut 35) (cf. 23 août 1727). Il construit une lunette d'approche (cf. 24 janvier 1728). Il est membre fondateur et administrateur de la Société des arts (cf. Sans date (20)). Il est membre de l'Académie de Berlin (cf. 21 juillet 1728) qui publie (Clairaut 34) (cf. 30 septembre 1728), (Clairaut 37) (cf. 16 juin 1735) et (Clairaut 43) (cf. 23 avril 1743)

Clairaut le père écrit à l'Académie de Berlin pour recommander son fils et Maupertuis (cf. 16 juin 1735). Des catalogues de vente de manuscrits lui attribuent trois autres lettres, l'une d'entre elle de façon conjecturale (Taton 53). Les deux autres sont en fait de Clairaut (cf. 10 novembre 1735, 24 novembre 1764 (1)).

Clairaut le père est l'unique héritier de son fils (cf. 11 juin 1765) et de sa fille (cf. 20 août 1767).

Sur le tard de sa vie, six rentes viagères lui assurent un revenu annuel approchant 1400 livres (cf. 10 septembre 1767)

Il teste en faveur de sa fille (cf. 6 juillet 1767) qui disparaîtra avant lui, puis en faveur de sa domestique Françoise Petit (cf. 31 juillet 1767).

Clairaut le père meurt sans descendance le 30 août 1767 (cf. 30 août 1767 (1)) au premier étage de l'aile droite du petit hôtel de Valois, vis-à-vis l'hôtel de Nivernois, rue de Tournon. Son intérieur peut être reconstitué par l'inventaire de ses biens (cf. 10 septembre 1767).

Clairaut le cadet. Le 6 janvier 1733, Clairaut signale sa mort récente, ce qui le fait naître vers la fin de 1716. Il a parfois été prénommé Jean-Baptiste par des auteurs tardifs qui ne font pas état de documents incitant à écarter une probable confusion entre le père et le fils. Clairaut le cadet est membre de la Société des arts face à laquelle il lit un mémoire le 1 mai 1729 et (Clairaut 30) le 14 août 1729. Il lit (Clairaut 31), cité dans l’Encyclopédie (cf. [c. 12 octobre] 1731), à l'Académie des sciences le 14 juin 1730. Peu après son décès, Clairaut tombe malade et rate pour la première fois une séance académique (cf. 6 janvier 1733, 24 janvier 1733).

Clairaut la sœur. Marie-Étiennette-Sophie Clairaut naît vers 1726 (cf. 25 juillet 1767). Elle se marie le 20 février 1748 (cf. 20 février 1748 (1)) avec Louis-Nicolas Charpentier dont elle est la seconde épouse et qui fera carrière comme contrôleur à la cour des aides. Sa dot est constituée de 7000 livres dont 5000 en deniers comptants, le reste en meubles, habits, linges et hardes (cf. 19 février 1748 (2), 20 février 1748 (1)). Après la mort de Clairaut, le Roi lui accorde une pension de 1200 livres (cf. [c. 1 octobre 1765]). Elle meurt sans descendance le 24 juillet 1767 à l'hôtel de Bretonvilliers, paroisse Saint-Louis en l'Île. Unique héritier, Clairaut le père renonce en faveur de son gendre en échange des arrérages de la pension royale, des frais funéraires, des dettes éventuelles et de la constitution d'une rente viagère de 200 livres pour Jean-Baptiste-Nicolas Dallemagne, le domestique de sa fille (cf. 6 août 1767, 7 août 1767 (1)).

Clairaut l’autre sœur. Lors de son voyage en France, Joseph Teleki rencontre une sœur de Clairaut, très belle femme, qui semble trop jeune pour être Marie-Étiennette-Sophie. Elle serait donc morte avant son frère (cf. 17 décembre 1760, 6 janvier, 2 et 12 mars 1761).
Abréviations
  • AN : Archives nationales.
  • HARS 17.. : Histoire de l'Académie royale des Sciences [de Paris] pour l'année 17.., avec les mémoires...
  • Hist. : Partie Histoire de HARS 17..
Références
  • Bailly (Jean Sylvain), Mémoires de Bailly, éd. Berville et Barrière, 3 vol., Paris, 1821-1822 [20 décembre 1758] [Plus].
  • Chesterfield (Philip Dormer Stanhope, earl of), Lettres de Lord Chesterfield à son fils à Paris : 1750-1752, éd. M. Fumaroli, Paris, 1993.
  • Clairaut (dit le cadet), « Proposition élémentaire de géométrie », Journal des sçavans, mai 1730, pp. 273-274, 1pl [Télécharger] [14 août 1729].
  • Clairaut (dit le cadet), Diverses quadratures circulaires, elliptiques, et hyperboliques, Paris, 1731 [16 septembre 1728] [Plus].
  • Clairaut (Jean-Baptiste), « Trois problèmes », Miscellanea Berolinensia, vol. 4, 1734, pp. 139-143, 2 pl [Télécharger] [13 février 1726] [Plus].
  • Clairaut (Jean-Baptiste), « Planchette ou instrument trigonométrique », Machines approuvées par l'Académie royale des sciences, Paris, vol. 5, 1735, pp. 3-9, 1 pl [Télécharger] [23 août 1727].
  • Clairaut (Jean-Baptiste), « De novam quadam Tractoriae Specie Problema », Miscellanea Berolinensia, vol. 5, 1737, pp. 33-35, 1 pl [Télécharger] [1 mars 1736].
  • Clairaut (Jean-Baptiste), « Methodus generalis inveniendi Catenarias », Miscellanea Berolinensia, vol. 7, 1743, pp. 270-272, 1pl [Télécharger] [23 avril 1743].
  • Fouchy (Jean-Paul Grandjean de), « Éloge de M. Clairaut », HARS 1765, Hist., pp. 144-159 [Télécharger] [13 mai 1713 (1)] [13 mai 1713 (2)] [Plus].
  • Taton (René), « Esquisse d'une bibliographie de l'œuvre de Clairaut », Revue d'histoire des sciences, 6 (1953) 161-168 [13 avril 1726] [Plus].